L’incontinence fécale — aussi appelée incontinence anale — désigne l’incapacité à retenir les selles ou les gaz de manière involontaire. C’est un sujet encore plus tabou que l’incontinence urinaire, pourtant il touche entre 11 et 13 personnes pour mille dans la population âgée, et jusqu’à 30 à 50 % des personnes en établissement de soins de longue durée.
Définition et distinction des termes
On distingue deux niveaux :
- Incontinence anale : perte involontaire de selles (solides ou liquides) ET/OU de gaz en dehors de conditions socialement adaptées
- Incontinence fécale (sens strict) : perte incontrôlée de selles solides ou liquides pendant plus de 3 mois, chez une personne de plus de 4 ans
Ces deux définitions peuvent se superposer. En pratique clinique, le terme d’incontinence fécale englobe généralement les deux situations.
Causes et mécanismes
L’incontinence fécale résulte généralement d’une défaillance d’un ou plusieurs mécanismes de la continence anale :
- Affaiblissement des sphincters anaux : sphincter externe (strié, volontaire) et/ou interne (lisse, involontaire). Les traumatismes obstétricaux (déchirures périnéales du 3e et 4e degré) sont une cause fréquente chez la femme.
- Réduction de la capacité réservoir du rectum : inflammation intestinale, chirurgie rectale, radiothérapie pelvienne
- Troubles neurologiques : lésions médullaires, sclérose en plaques, neuropathie diabétique, maladie de Parkinson
- Diarrhées chroniques : les selles liquides sollicitent davantage le sphincter anal et sont plus difficiles à retenir
- Prolapsus rectal ou hémorroïdal sévère : empêche la fermeture complète du sphincter
- Vieillissement : atrophie progressive des muscles sphinctériens avec l’âge
L’impact sur la qualité de vie
L’incontinence fécale a un impact profond sur la qualité de vie, souvent plus important que l’incontinence urinaire :
- Isolement social et arrêt des activités extérieures par peur d’un accident en public
- Anxiété permanente et impact psychologique sévère (dépression, honte)
- Perturbation de la vie intime et relationnelle
- Complications cutanées (dermite, mycoses périnéales) en cas de contact prolongé avec les selles
Traitements disponibles
La prise en charge de l’incontinence fécale est pluridisciplinaire :
- Mesures diététiques : régulation du transit par l’alimentation (fibres, hydratation), éviction des aliments accélérant le transit
- Rééducation anorectale : biofeedback anal, électrostimulation du sphincter — efficaces en cas d’insuffisance sphinctérienne modérée
- Médicaments : lopéramide (ralentisseur du transit), suppositoires d’organisation du transit
- Chirurgie : sphinctéroplastie (réparation du sphincter), neuromodulation des racines sacrées (très efficace), colostomie en dernier recours
Les protections adaptées à l’incontinence fécale
L’incontinence fécale nécessite des protections spécifiques, différentes des protections urinaires. Les points essentiels :
- Changes complets obligatoires : les protections anatomiques (inserts) ne suffisent pas pour les selles — seuls les changes complets ou culottes absorbantes avec ceinture offrent l’étanchéité nécessaire
- Changement immédiat : ne jamais laisser des selles en contact avec la peau — le risque de dermite est beaucoup plus élevé qu’avec l’urine seule
- Soin cutané systématique : nettoyage doux et crème protectrice barrière à chaque change
- Absorbance élevée : préférer des changes de niveau 3-4 gouttes même pour des pertes modestes, en raison de la nature des matières
FAQ — Incontinence fécale
Peut-on guérir d’une incontinence fécale ?
Oui dans certains cas, notamment les incontinences post-obstétricales par déchirure sphinctérienne (sphinctéroplastie efficace à 70-80%). La neuromodulation des racines sacrées donne d’excellents résultats (60-80% d’amélioration significative). La rééducation biofeedback améliore significativement la qualité de vie dans les formes légères à modérées.
Existe-t-il des couches spéciales pour l’incontinence fécale ?
Oui, certains fabricants proposent des changes avec poche intégrée pour retenir les selles, ou des modèles avec barrières latérales renforcées. Des systèmes collecteurs de selles (poches adhésives péristomales) existent pour les incontinences fécales sévères. Demandez conseil à une infirmière stomathérapeute pour les cas complexes.
Quel médecin consulter pour une incontinence fécale ?
Un proctologue (gastro-entérologue spécialisé en chirurgie anorectale) est le spécialiste de référence. Un médecin de rééducation peut être consulté pour la rééducation biofeedback. Votre médecin généraliste peut orienter vers l’un ou l’autre selon la cause suspectée.


