Avant d’entamer tout traitement contre l’incontinence urinaire, un bilan diagnostique précis est indispensable. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé détaillent les étapes clés pour évaluer correctement la gêne, comprendre son mécanisme et orienter vers le traitement le plus adapté.
Évaluer la sévérité et le retentissement sur la qualité de vie
La première étape consiste à mesurer concrètement l’impact des fuites dans la vie quotidienne :
- Combien de changements de sous-vêtements ou de protections par jour ?
- Quel type de protection est nécessaire (légère, moyenne, forte absorbance) ?
- Y a-t-il une limitation des activités sociales, sportives ou professionnelles ?
- La peur d’une aggravation ou d’une fuite visible génère-t-elle de l’anxiété ?
Pour aller plus loin dans l’évaluation, des questionnaires de qualité de vie validés peuvent être utilisés : le Contilife® et l’échelle Ditrovie® sont recommandés par la HAS pour mesurer objectivement le retentissement psychologique et social de l’incontinence.
Le catalogue mictionnel : un outil simple et précieux
Le catalogue mictionnel est un journal de bord que la patiente remplit elle-même pendant 2 à 3 jours (pas nécessairement consécutifs — par exemple un jour de semaine et un jour de week-end). Il permet de noter :
- Les heures et fréquences des mictions
- Les épisodes de fuites et leurs circonstances (effort, urgence, position)
- Les volumes urinés et les apports en boissons
Cet outil aide le médecin à identifier le type d’incontinence et à adapter le traitement. Il aide aussi la patiente à prendre conscience de ses symptômes et de ses habitudes, première étape vers un changement comportemental bénéfique.
Rechercher une pathologie organique ou iatrogène
L’incontinence urinaire peut être secondaire à une pathologie organique ou favorisée par certains médicaments. Le médecin doit notamment rechercher :
- Infections urinaires : bandelette urinaire ou ECBU si suspicion
- Pathologies neurologiques : sclérose en plaques, Parkinson, compression médullaire
- Médicaments incriminés : diurétiques, alphabloquants, bêtabloquants, psychotropes qui peuvent altérer le tonus urétral ou augmenter la diurèse
- Troubles métaboliques : diabète, insuffisance cardiaque, insuffisance veineuse
Antécédents gynéco-obstétricaux et chirurgicaux
L’interrogatoire doit explorer précisément les antécédents obstétricaux : nombre d’accouchements, voie d’accouchement (voie basse ou césarienne), utilisation d’instruments, déchirures, poids des nouveau-nés. Une hystérectomie ou une chirurgie pelvienne antérieure peut avoir affaibli les structures de soutien de la vessie.
Choisir la bonne protection pendant le bilan
Pendant la période de bilan et d’attente du traitement, une protection adaptée à la sévérité des fuites est essentielle pour maintenir le confort et la dignité. Les protections anatomiques discrètes conviennent aux fuites légères ; les culottes absorbantes ou les changes sont préférés pour les pertes plus importantes. Un bon choix de protection permet également de remplir le catalogue mictionnel avec plus de sérénité.
FAQ — Bilan de l’incontinence urinaire
Le catalogue mictionnel est-il obligatoire avant tout traitement ?
Il n’est pas obligatoire mais fortement recommandé. C’est un outil simple, gratuit et très informatif qui aide médecin et patient à mieux comprendre le problème. Il permet d’éviter des examens complémentaires inutiles.
Faut-il forcément faire une échographie ou un bilan urodynamique ?
Non. Dans la grande majorité des cas, le diagnostic d’incontinence d’effort simple ou d’incontinence mixte se pose cliniquement, sans examens complémentaires. Le bilan urodynamique est réservé aux situations complexes ou avant une chirurgie.
Combien de protections par jour est-il « normal » d’utiliser ?
Il n’y a pas de norme, mais utiliser plus de 3 protections par jour indique une gêne significative qui mérite une prise en charge active. Même pour des fuites légères nécessitant 1 protection par jour, une consultation médicale peut déboucher sur une solution curative.
Existe-t-il des questionnaires en ligne pour évaluer son incontinence ?
Oui, le questionnaire ICIQ-SF (International Consultation on Incontinence Questionnaire Short Form) est disponible gratuitement en ligne. Il comporte 3 questions et permet une auto-évaluation rapide de la sévérité et de l’impact sur la qualité de vie. Il est recommandé de le remplir avant une consultation pour gagner du temps.


