Toutes les techniques de rééducation périnéale ne se valent pas selon le type d’incontinence traité. La Haute Autorité de Santé a analysé la littérature scientifique disponible pour établir des recommandations claires sur le choix des techniques selon que l’incontinence est d’effort, par impériosité ou mixte.
Pour l’incontinence urinaire d’effort
L’incontinence d’effort (fuites lors de la toux, du sport, du rire) répond particulièrement bien aux exercices du plancher pelvien. Une étude de Bø portant sur 107 patientes réparties en 4 groupes a comparé l’efficacité à 6 mois :
- Exercices du plancher pelvien (EPP) : réduction de -1,2 fuites sur 3 jours — résultats statistiquement significatifs
- Électrostimulation fonctionnelle (ESF) : réduction de -0,7 fuites — non significatif
- Cônes vaginaux : résultats non significatifs à 6 mois
- Groupe contrôle : pas d’amélioration spontanée
Les exercices du plancher pelvien sont donc la technique de référence pour l’IUE. Le biofeedback associé aux exercices améliore encore les résultats en permettant un meilleur apprentissage du geste.
Le biofeedback : un amplificateur des résultats
Une revue de la littérature analysant 6 études comparatives montre que les exercices du plancher pelvien associés au biofeedback sont statistiquement plus efficaces que les exercices seuls. L’étude de Glavind sur 37 patientes montre après 4 séances d’apprentissage et 3 mois de travail à domicile :
- À 3 mois : 39 % de guérison complète, 42 % d’amélioration significative
- À 2 ans : maintien des résultats avec 27 % de guérison et 47 % d’amélioration
Le biofeedback facilite l’apprentissage de la contraction périnéale correcte, évite les erreurs de recrutement musculaire (contractions des abdominaux ou des fessiers à la place du périnée) et améliore la motivation par la visualisation des progrès.
Pour l’incontinence par impériosité
L’incontinence par urgence (envie soudaine avec fuite immédiate) répond mieux aux approches comportementales et à l’électrostimulation à basse fréquence :
- Rééducation comportementale : mictions programmées à intervalles croissants, techniques d’inhibition de l’urgence (contraction périnéale lors de l’envie pour inhiber le détrusor)
- Électrostimulation inhibitrice : stimulation des fibres nerveuses pudendales pour inhiber les contractions involontaires du détrusor
- Biofeedback : apprentissage de la contraction périnéale réflexe lors des envies urgentes
Pour l’incontinence mixte
L’incontinence mixte nécessite une combinaison des deux approches. En pratique, le thérapeute adapte son programme selon la composante dominante :
- Si la composante effort domine : priorité aux exercices de renforcement du plancher pelvien + biofeedback
- Si la composante urgence domine : priorité aux techniques comportementales + électrostimulation inhibitrice
Les résultats sont généralement légèrement inférieurs à ceux de l’incontinence pure d’effort, mais une amélioration significative est obtenue dans la majorité des cas.
Choisir une protection pendant la rééducation
La technique de rééducation choisie influence également le choix de la protection. Pour une IUE sous rééducation active : une protection anatomique légère suffit généralement. Pour une hyperactivité vésicale en cours de traitement : une protection d’absorbance moyenne est souvent nécessaire dans un premier temps, en réduisant progressivement l’absorbance à mesure que les résultats arrivent.
FAQ — Choix de la technique de rééducation
Quel est le meilleur traitement entre biofeedback et électrostimulation ?
Les deux techniques sont complémentaires. Le biofeedback est prioritaire pour apprendre à contracter correctement et renforcer les muscles du plancher pelvien. L’électrostimulation est particulièrement utile quand la patiente ne parvient pas à contracter volontairement ou en cas d’hyperactivité vésicale. En pratique, les deux sont souvent associés dans le même protocole.
Les cônes vaginaux peuvent-ils remplacer les séances de kinésithérapie ?
Non, les cônes vaginaux ne remplacent pas les séances supervisées. Ils constituent un outil complémentaire d’entraînement à domicile, utilisé entre les séances. Leur efficacité seule est inférieure à celle des exercices du plancher pelvien supervisés avec biofeedback.
Les techniques abdominales hypopressives sont-elles efficaces contre l’incontinence ?
Les techniques abdominales hypopressives (respiration abdominale associée à des exercices du plancher pelvien) sont prometteuses mais manquent encore d’études thérapeutiques de haut niveau pour être formellement recommandées par la HAS. Elles peuvent être proposées en complément d’autres techniques mais pas en remplacement.


