Les symptômes du bas appareil urinaire (SBAU) chez l’homme font l’objet de recommandations publiées par les principales sociétés savantes urologiques mondiales. Ces guidelines permettent aux médecins d’harmoniser leurs pratiques et aux patients de savoir ce qu’ils peuvent attendre comme niveau de soins. En voici les grandes lignes.
Qu’est-ce que les SBAU masculins ?
Les symptômes du bas appareil urinaire (SBAU) regroupent trois types de troubles chez l’homme :
- Symptômes de remplissage : pollakiurie, nycturie, urgences mictionnelles, fuites par urgence
- Symptômes de vidange : jet faible, hésitation, efforts de poussée, jet intermittent
- Symptômes post-mictionnels : gouttes retardataires, sensation de mauvaise vidange
Ces symptômes sont souvent associés à l’hyperplasie bénigne de prostate (HBP) mais peuvent avoir d’autres causes. Un bilan initial complet est toujours recommandé avant d’attribuer les SBAU à la prostate.
Les recommandations européennes de l’EAU
L’European Association of Urology (EAU) publie annuellement ses guidelines sur la prise en charge des SBAU masculins non neurologiques. Les dernières mises à jour (2021) recommandent :
- Un bilan diagnostique minimal : interrogatoire, IPSS, débitmétrie, mesure du résidu post-mictionnel, PSA après information du patient
- Une prise en charge initiale conservatrice : mesures hygiéno-diététiques, rééducation comportementale
- Les alphabloquants comme traitement médicamenteux de première ligne pour les SBAU modérés à sévères avec composante obstructive
- Les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase pour les prostates volumineuses (> 40 ml) afin de réduire le risque de progression
Les recommandations de l’ICS sur la nycturie
La Société Internationale de Continence (ICS) a publié un consensus sur le diagnostic et le traitement de la nycturie (Everaert et al., 2019, Neurourology and Urodynamics). Points clés :
- La nycturie est multifactorielle : évaluer systématiquement la polyurie nocturne, les troubles du stockage vésical et les troubles du sommeil
- Le calendrier mictionnel est indispensable pour objectiver et catégoriser la nycturie
- La desmopressine est recommandée pour la polyurie nocturne isolée, sous surveillance natrémique
- Le traitement de l’SAOS améliore la nycturie et doit être recherché systématiquement
Les recommandations canadiennes du CUA
La Canadian Urological Association (CUA, mise à jour 2018) propose pour les SBAU/HBP :
- Une évaluation par l’IPSS pour quantifier la gêne fonctionnelle
- Les alphabloquants en première ligne pour les SBAU liés à l’obstruction prostatique
- La combinaison alphabloquant + inhibiteur de la 5-alpha-réductase pour les prostates volumineuses
- La chirurgie (RTUP, laser, chirurgie ouverte) en cas d’échec du traitement médical ou de complications (rétention, infections récidivantes)
Ce que ces recommandations signifient pour les patients
Pour les hommes souffrant de SBAU, ces recommandations internationales convergent vers quelques messages clés :
- Consulter dès que les symptômes perturbent la qualité de vie — ne pas attendre
- Commencer par des mesures simples : hydratation adaptée, limitation du café et de l’alcool le soir, horaires de miction
- Ne pas s’auto-médicamenter avec des plantes ou compléments sans bilan médical préalable
- Utiliser des protections adaptées en attendant et pendant le traitement pour maintenir une vie normale
FAQ — Recommandations internationales SBAU
Le score IPSS, qu’est-ce que c’est ?
L’International Prostate Symptom Score (IPSS) est un questionnaire de 7 questions évaluant la sévérité des troubles mictionnels masculins. Le score va de 0 à 35 : 0-7 = légère gêne, 8-19 = gêne modérée, 20-35 = sévère. Il est disponible gratuitement sur le site Urofrance et peut être rempli avant la consultation.
Y a-t-il des différences entre les recommandations européennes et américaines ?
Les grandes lignes convergent mais il existe quelques nuances. Les recommandations américaines (AUA) sont généralement plus prescriptives sur les seuils d’intervention chirurgicale. Les recommandations européennes (EAU) accordent davantage de place aux approches conservatrices initiales. En pratique, les urologues français suivent principalement les recommandations de l’EAU et de l’AFU.
La chirurgie prostatique est-elle toujours nécessaire pour traiter les SBAU ?
Non. La majorité des SBAU modérés sont traités efficacement par des mesures hygiéno-diététiques et des médicaments. La chirurgie n’est recommandée qu’en cas d’échec du traitement médical après 6 à 12 mois, ou d’emblée en cas de complications (rétention aiguë, infections répétées, lithiase vésicale, insuffisance rénale obstructive).


