La rééducation périnéo-sphinctérienne dispose d’un arsenal thérapeutique varié, dont l’efficacité a été validée par de nombreuses études cliniques. Voici un tour d’horizon des principales techniques reconnues par la Haute Autorité de Santé, leurs mécanismes d’action et leurs résultats.
L’information aux patientes : première étape thérapeutique
Souvent sous-estimée, l’information est pourtant un acte thérapeutique à part entière. Avant toute technique, la patiente doit comprendre l’anatomie de son périnée, les mécanismes de son incontinence et le mode d’action des traitements proposés. Cette information permet de rassurer, de dédramatiser, et d’obtenir une adhésion active au traitement — facteur déterminant du succès.
Les exercices du plancher pelvien (méthode Kegel)
Les exercices du plancher pelvien constituent la base de toute rééducation périnéale. Par contractions volontaires et répétées des muscles périnéaux (identifiés lors du toucher vaginal), ils permettent de :
- Renforcer la force et l’endurance musculaire du sphincter et du plancher pelvien
- Améliorer le réflexe de protection lors d’un effort (toux, éternuement)
- Restaurer la coordination entre contraction périnéale et augmentation de pression abdominale
Ces exercices, pratiqués quotidiennement à domicile entre les séances, sont efficaces à condition d’être bien réalisés. Le thérapeute vérifie et corrige l’exécution lors des séances.
Le biofeedback instrumental
Le biofeedback utilise une sonde vaginale ou anale et un écran pour visualiser en temps réel les contractions musculaires périnéales. Cette technique offre plusieurs avantages :
- Aide la patiente à identifier et contracter correctement les bons muscles
- Augmente la motivation par la visualisation des progrès
- Permet des protocoles de renforcement progressifs et personnalisés
Une revue de la littérature analysant 6 études comparatives montre que les exercices du plancher pelvien associés au biofeedback sont statistiquement plus efficaces que les exercices seuls. L’étude de Glavind montre 39 % de guérison et 42 % d’amélioration à 3 mois.
L’électrostimulation fonctionnelle
L’électrostimulation délivre des courants électriques de faible intensité via une sonde vaginale ou des électrodes externes pour provoquer des contractions musculaires passives du plancher pelvien. Elle est particulièrement utile lorsque la patiente a du mal à identifier et contracter volontairement ses muscles périnéaux. Elle est également employée pour l’inhibition réflexe de l’activité du détrusor dans l’incontinence par impériosité.
Les cônes vaginaux
Les cônes vaginaux sont des dispositifs de poids progressifs à insérer dans le vagin. Pour les maintenir en place pendant les activités quotidiennes, la patiente doit contracter ses muscles périnéaux. Une étude de Bø comparant exercices du plancher pelvien, électrostimulation et cônes montre une efficacité supérieure des exercices du plancher pelvien (EPP) sur la réduction du nombre de fuites à 6 mois.
La rééducation comportementale
Les thérapies comportementales comprennent la miction programmée (uriner à intervalles réguliers), les techniques d’inhibition de l’urgence (contraction périnéale lors de l’envie) et la modification des habitudes de vie (réduction de la caféine, hydratation adaptée). Elles sont particulièrement efficaces pour l’incontinence par impériosité et la vessie hyperactive.
Protections pendant la rééducation
Les techniques de rééducation périnéale demandent en général plusieurs semaines avant de produire des résultats tangibles. Pendant cette période, des protections absorbantes adaptées permettent de continuer ses activités normalement. Une protection anatomique légère suffit souvent pour les fuites à l’effort ; une protection plus absorbante peut être nécessaire pour les fuites par urgence en début de traitement.
FAQ — Techniques de rééducation périnéale
Quelle technique est la plus efficace contre l’incontinence d’effort ?
Les exercices du plancher pelvien (méthode Kegel) associés au biofeedback sont les plus efficaces contre l’incontinence d’effort, selon les études analysées par la HAS. La pratique quotidienne à domicile, en complément des séances avec le kinésithérapeute, est le facteur clé du succès.
Peut-on faire la rééducation périnéale seule, sans kinésithérapeute ?
Les exercices de Kegel peuvent être pratiqués seule, mais une supervision par un kinésithérapeute spécialisé est recommandée au moins pour les premières séances. En effet, beaucoup de femmes contractent involontairement de mauvais muscles (abdominaux, fessiers) ce qui peut être contre-productif. Le biofeedback aide à corriger cette erreur.
L’électrostimulation est-elle douloureuse ?
Non. L’électrostimulation périnéale est indolore. Les courants utilisés sont de très faible intensité et produisent des contractions musculaires passives sans sensation douloureuse. Une légère sensation de picotement est normale et attendue.


